Publications scientifiques 2018-06-05T11:08:39+00:00

Publications scientifiques

 

La FERREPSY a pour volonté de dynamiser la recherche en psychiatrie dans la région Occitanie mais aussi à l’échelle nationale.

L’association des différents établissements membres de la fédération nous permet de mener différentes études et d’en planifier régulièrement de nouvelles.

Nous mettons donc à disposition de tous, une description de nos recherches en cours ainsi que de celles à venir.

Auteur : M. Felipe Martin DRUT.

Etudiant en deuxième année de Doctorat en psychologie au LCPI (Laboratoire Clinique Psychopathologique et Interculturelle), rattaché à l’Ecole Doctorale CLESCO de l’Université de Toulouse II Jean Jaurès. Stagiaire psychologue chercheur à l’AAT (Addictions Accueil Thérapeutique, Toulouse).

Contexte.

Le présent travail s’inscrit dans une recherche doctorale : « Fonction et place de la honte dans la clinique des problématiques toxicomaniaques ». Le travail, présenté sous la modalité d’affiche, met en avance l’importance de la considération du lien transférentiel dans certains cas de toxicomanie où la parution subite et inattendue de la honte semblerait modifier l’avis que le sujet a sur sa consommation de drogues. Ce lien permettrait de mettre en place un tout premier dispositif de cure qui permet de loger la souffrance de chaque patient.

Méthode.

Il s’agit d’abord de définir ce qu’on entend par « toxicomanie ». Pour ce faire, l’auteur prend une étude sociologique (Robert Castel, « Les sorties de la toxicomanie. Types, trajectoires et tonalités ») et certaines références psychanalytiques. Les deux approches partageraient : premièrement, « la toxicomanie » n’existe pas, car il y a des toxicomanes au pluriel ; ensuite, dans les toxicomanies on trouve un rejet de tout ce qui concerne le questionnement sur le désir et la souffrance que ledit questionnement implique. Le lien avec les autres n’a pour finalité que l’obtention de la dose de drogue. Néanmoins, sous certaines circonstances particulières, on observe que le sujet remet en question sa consommation : voilà pourquoi on parle d’un domaine clinique issu des « problématiques toxicomaniaques ».

Par ailleurs, la « honte » implique un affect qui rend compte d’un instant de dévoilement de quelques aspects de la vie du sujet et qui peut être productif ou destructif selon les recours d’élaboration de chaque patient et les offres de l’entourage. Le mot « transfert » est un concept issu de la psychanalyse, avec lequel on dénomme une relation particulière qui se produit dans une rencontre entre deux sujets où l’un d’eux sent que l’autre est capable de l’aider d’une manière ou d’autre. Ce lien permet dans certains cas d’engendrer une interrogation sur ce qui cause la souffrance subjective.

Etude de cas cliniques. Les cas cliniques en question sont issus de trois sources :

  1. Quatre patients que l’auteur de la présente recherche a suivis pendant six mois, dans le contexte de sa résidence en addictologie effectuée dans un hôpital publique spécialisé en toxicomanies en Argentine.
  2. Quatre cas cliniques décrits dans la littérature psychanalytique.
  3. Deux témoignages de patients qui sont suivis dans l’institution où le chercheur réalise son stage actuellement.

On a cherché à comprendre deux aspects de la modification de parcours de vie dans les dix cas abordés:

  • Pour quelle/s raison/s et dans quel contexte le sujet remet en cause sa consommation et décide de se faire aider ?
  • Qu’est-ce qu’il a trouvé dans l’institution ou dans le lien avec une autre personne qui l’accompagne dans sa démarche thérapeutique ?

Résultats :

Dans les cas spécifiques étudiés, on a trouvé que le patient, après avoir éprouvé une certaine honte liée à sa modalité de consommation, avait décidé d’arrêter ou bien de réduire sa consommation, et ensuite suivre des soins spécifiques dans une institution et/ou ailleurs. Il aurait éprouvé, sous certaines circonstances, une insuffisance de son savoir-faire par rapport à ses souffrances, ce qui l’a adressé vers un Autre. C’est une réponse à notre première question.

On a vu aussi que l’équipe de professionnels et les personnes appartenant à l’entourage du patient, chacun avec son savoir-faire et ses limitations, ont fait de façon à loger leurs souffrances liées à la honte. Ensuite, ces patients ont trouvé dans l’institution et/ou ailleurs un point d’accrochement et un sens pour leurs vies. Voilà une réponse possible à notre deuxième question. C’est-à-dire, les patients trouvent d’autres axes d’intérêt qui ne sont pas liés à la procuration et à la consommation de drogues. D’où l’importance du lien qui se tisse entre le patient et les professionnels soignants (peu importe la discipline) qui le suit et/ou l’entourage du patient. Cela sans mépriser le consentement du sujet à accepter la proposition d’aide thérapeutique et, bien sûr, celle qui se présente en dehors du cadre thérapeutique.

Conclusions/discussion :

Pour l’instant, le nombre de cas qui seront présentés dans cette étude semble ne pas être suffisant afin de justifier les résultats. Autrement dit, il s’agit dans cette recherche de cas exceptionnels et spécifiques.

L’étude n’est pas capable de prévoir les rechutes possibles avec certitude. Néanmoins, à partir des récits de patients qui ont été pris en considération, on peut dire qu’il existe au moins une sorte de remaniement de leurs façons de percevoir leurs réalités quotidiennes.

Auteurs : Emmanuelle GODEAU (1,2), Nicole CATHELINE (3), Margarida GASPAR DE MATOS (4,5,6), Mariane SENTENAC (1), Dibia Liz PACORICONA ALFARO (1), Virginie EHLINGER (1)

Organisation(s) : 1: Inserm UMR1027-Université Paul Sabatier, Toulouse, France ; 2: Service médical du rectorat de Toulouse, France ; 3: Centre Hospitalier Henri-Laborit, Poitiers, France ; 4: FMH, Faculdade de Motricidade Humana (Projecto Aventura Social-Social Adventure Team)/Universidade de Lisbonne, Portugal ; 5: ISAMB, Instituto de Saúde Ambiental, Faculdade de Medicina, Universidade de Lisbonne, Portugal ; 6: William James Center for Research, ISPA – Instituto Universitário, Lisbonne, Portugal

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Contexte

En France, l’apparition du terme « harcèlement en milieu scolaire » est relativement récente, alors que les faits qu’il recouvre ne sont pas nouveaux. Cependant, la gravité des conséquences du harcèlement et surtout leur impact sur la construction de la personnalité ont été étudiés dans d’autres pays depuis longtemps.

Les liens entre harcèlement subi ou agi et santé mentale, tant dans sa dimension d’internalisation (somatiser le mal-être) que dans celle d’externalisation (agir le mal-être), sont mis à l’épreuve dans notre étude.

Notre travail soulève les questions suivantes: 1/ Les enfants et adolescents impliqués dans des phénomènes de harcèlement sont-ils plus vulnérables psychiquement que ceux qui ne sont pas impliqués ? 2/ Les indicateurs de santé mentale se répartissent-ils différemment entre auteurs et victimes de harcèlement ? 3/ Que peut nous apprendre une enquête de santé en population générale sur la santé mentale des élèves impliqués dans les faits de harcèlement ?

Méthode

Notre étude exploite les données françaises de l’enquête internationale Health Behaviour in School-aged Children (HBSC), reposant sur des auto-questionnaires remplis en classe par 7023 collégiens de France en 2014 (âge moyen: 13.6 ans, allant de 10 à 19 ans).

Les collégiens ont été interrogés sur le fait d’avoir été victime ou auteur de brimades dans les deux mois précédents la passation de l’enquête (réponses allant de jamais à plusieurs fois par semaine). Le seuil retenu pour qualifier un harcèlement avéré est celui de deux fois ou plus par mois au cours du bimestre précédent. Par ailleurs, une question complémentaire explorait le cyberharcèlement (par messages ou commentaires sur les réseaux sociaux, par photos) au cours du dernier bimestre.

Des indicateurs concernant la santé mentale dans le registre de l’internalisation (satisfaction concernant sa propre vie ; stress lié au travail scolaire ; signes de dépressivité ; plaintes récurrentes -mal à la tête, au ventre, au dos, difficultés à s’endormir, étourdissements, déprime, irritabilité ou mauvaise humeur, nervosité-) ont été recueillis. De plus, les troubles externalisés ont été approchés par l’engagement dans les consommations de substances psychoactives et la participation à des bagarres dans l’année précédente.

Résultats

Le taux des élèves non concernés par le harcèlement atteint 82%. Les collégiens se déclarant seulement victimes sont 8,8%, tandis que 6,3% se déclarent auteurs. Ils sont 2,9% à avoir le double statut de victime et d’auteur de brimades avérées. Le cyberharcèlement avéré reste rare (1,5 % par messages et 0,6 % par photos). En prenant en compte les réponses des élèves aux deux questions (harcèlement « classique » et cyberharcèlement), ce sont 12,4 % des collégiens qui se déclarent victimes de brimades avérées au cours du dernier bimestre.

La prévalence de marqueurs altérés de la santé mentale dans le registre de l’internalisation diffère en fonction de l’implication dans des situations de harcèlement. Le fait d’être victime apparaît plus fortement associé à une altération de la santé mentale dans le registre de l’internalisation quel que soit le sexe.

Concernant les comportements dans le registre de l’externalisation, la consommation de substances psychoactives apparaît également associée à l’implication des élèves dans les situations de harcèlement. L’usage quotidien du tabac, la consommation de cannabis dans l’année et l’ivresse au cours du mois sont significativement plus élevés parmi les élèves harceleurs. Pour les bagarres également, chez les deux sexes, les élèves auteurs de harcèlement déclarent plus fréquemment s’être bagarrés au moins une fois dans l’année.

En tenant compte du sexe, de la classe, du redoublement, du niveau socio-économique des élèves ainsi que de leur appréciation du collège, le risque de présenter un indicateur de santé mentale altéré dans le registre de l’internalisation apparaît plus élevé parmi les élèves harcelés comparés aux élèves non harcelés. En revanche, la santé mentale des harceleurs ne diffère pas de celle des collégiens non impliqués, toutes choses égales par ailleurs sauf en ce qui concerne le fait de s’être bagarré durant l’année écoulée. Après ajustement sur les covariables, les élèves harceleurs déclarent significativement plus souvent que les autres s’être bagarrés durant l’année.

Conclusion

Victimes et auteurs de harcèlement présentent de nombreux points communs au niveau de leur fragilité psychologique. Ils expriment cependant leur mal-être de façon très différente.

L’enquête HBSC 2014 montre combien la victimisation est un facteur d’altération immédiate de la santé mentale des collégiens dans le registre de l’internalisation. Quant aux harceleurs, ils ont tendance à évacuer leurs tensions internes à l’extérieur et recherchent des situations ou des attitudes qui feront diminuer cette tension interne.

Il est donc absolument nécessaire de prévenir ces comportements dès l’école en travaillant sur l’acceptation de la différence au sein d’un groupe, la gestion des émotions et la solidarité entre pairs.

DELPHINE RAMBEAUD-COLLIN, Psychologue Clinicienne, doctorante en psychologie clinique. Laboratoire Cliniques Pathologique et Interculturelle (LCPI), Université Toulouse 2 Jean Jaurès, France et Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM), Université Paul Sabatier, Toulouse 3, France. Adresse : 5 Allées Antonio Machado 31058 Toulouse cedex 9.
Mail : collindelphine@orange.fr

SYLVIE BOURDET-LOUBERE, MCF-HDR Laboratoire LCPI, Université Toulouse 2, Psychologue clinicienne Hôpital Paule de Viguier, CHU Purpan.
Adresse: UFR de Psychologie – Département Psychologie Clinique du Sujet, Université Toulouse 2 Jean Jaurès, 5 Allées Antonio Machado 31058 Toulouse cedex 9.
Mail: bourdet@univ-tlse2.fr.

JEAN-PHILIPPE RAYNAUD, psychiatre pour enfants et adolescents, professeur des universités, CHU de Toulouse, SUPEA, hôpital La Grave, 31059 Toulouse cedex 9, France.

VOIR LE POSTER

Cette proposition de communication est une  recherche clinique qui s’inscrit dans le paradigme subjectiviste, avec pour référence un cadre théorique d’orientation psychanalytique néo-freudien. Elle explore le passage du conjugal au parental chez les couples ayant vécu un diagnostic d’infertilité féminine. Si beaucoup d’études ont pu mettre en évidence la fragilité conjugale conséquente à la naissance d’un enfant, peu d’entre elles évoquent ce passage lorsque l’accès à la parentalité a nécessité l’intervention de la médecine procréative. Nous avons tenté, dans cette recherche clinique, de comprendre l’impact de l’effraction psychique due au constat de stérilité féminine et à sa prise en charge, sur le lien unissant les conjoints, notamment sur la sexualité conjugale, lors de l’accès à la parentalité après une assistance médicale à la procréation en intraconjugale. En effet, la sexualité apparait, dans la littérature, comme étant la pierre angulaire de la conjugalité et doit être représentable pour s’inscrire dans l’espace de parentalité créé ; le sexuel, au sein de la parentalité, apparaissant alors comme opérateur de (pré)symbolisation chez l’enfant grâce à l’accès à la triangulation qu’il instaure, tel que l’ont décrit Braunschweig et Fain dans leur théorisation de la censure de l’amante.  À travers un rapprochement théorique, nous proposons une co-construction, par les conjoints, d’un espace transitionnel du conjugal au parental, au sein duquel la sexualité conjugale aura à s’élaborer sur des modes allant du stade oral à son élaboration génitalisée, à l’instar de la théorie sexuelle freudienne. La médecine procréative, en tant que sexualité sur prescription ou encore comme conception désexualisée, décorporéisée fait intervenir un tiers dans le couple conjugal avec son florilège de fantasmes associé, dont le vécu pourrait venir impacter la sexualité du couple en fonction de l’élaboration du trauma lié à l’infertilité féminine. Ainsi nous faisons l’hypothèse que dans un contexte d’infertilité féminine, l’inscription de la sexualité conjugale dans la parentalité est impactée par les mouvements de régressions psychiques chez la femme liés à son diagnostic et à sa prise en charge. Une régression au stade phallique sera en lien avec une cristallisation de la sexualité conjugale sur un mode phallique, où la signification phallique de l’enfant merveilleux et idéalisé dominera, et où la relation conjugale tendra à s’effacer au profit d’une parentalité idéalisée et surinvestie. Une régression au stade anale sera en lien avec une cristallisation de la sexualité conjugale sur un mode anal ; la conjugalité sera alors surinvestie et la dyade amante/amant sera peu propice à laisser la place à de nouvelles relations objectales. Enfin, une inscription génitalisée du trauma de l’infertilité sera en lien avec une élaboration génitalisée de la sexualité conjugale ; les oscillations équilibrées d’investissement de l’enfant/du conjoint permettront la pérennisation d’une conjugalité au sein de la parentalité et l’instauration d’une triangulation efficiente.

Nous inscrivant dans le paradigme subectiviste, notre démarche sera qualitative à travers une étude de cas. La population est celle des couples primipares confrontés au diagnostic d’infertilité féminine ayant eu un enfant suite à une stimulation, à une insémination ou encore une Fécondation In Vitro en intra-conjugal. Le choix se porte sur des couples « primipares » afin de se concentrer sur la métamorphose du conjugal en parental, dont l’enfant a entre 12 et 18 mois afin de laisser place à l’après-coup du vécu de l’expérience, mais aussi afin d’observer les aménagements ayant eu lieu dans la dynamique familiale. Les outils utilisés seront l’entretien de recherche non directif familial afin d’élaborer le génogramme filiatif, d’évoquer le récit de leur histoire, tout en observant la dynamique familiale ; l’entretien individuel qui permet de faire émerger le vécu subjectif de chacun des parents ;  l’élaboration du génogramme imaginaire réalisé lors du face à face. Les effets de la rencontre à travers les mouvements transféro/contre-transférentiel seront pris en compte. Un couple a été rencontré, la grossesse a été obtenue par stimulation.

Les résultats obtenus montrent chez ce couple une cristallisation de la sexualité conjugale sur un mode phallique associée à des mouvements de régression à un stade phallique chez la mère. On observe un effacement de la relation conjugale au profit d’un surinvestissement d’une parentalité idéalisée  en lien avec la prégnance d’une idéalisation du lien mère/ enfant, d’une relation mère/ fille fusionnelle disqualifiant la place du père et du mari, qui s’y soumet. On relève la présence d’une imago maternelle toute-puissante, pleine et comblée à laquelle la mère s’identifie, où l’enfant représente la phallicité maternelle recherchée,  associée à une signifiance phallique de la conception au détriment d’une sexualité conjugale libidinalisée et inscrite dans la parentalité.

Ainsi, malgré le seul couple rencontré, l’intérêt clinique de cette recherche permet de remettre du sujet dans une conception médicalisée en montrant l’intérêt de considérer le vécu subjectif du couple, afin d’en penser un accompagnement là où l’obtention de la grossesse ne peut constituer, à elle seule, la  réparation du trauma.

Mots clés : infertilité féminine – conjugalité – parentalité – Assistance Médicale à la Procréation – régressions psychiques – sexualité conjugale.

Auteurs:

Anne PEZET, M2 Recherche Psychologie Clinique du Sujet, Laboratoire Cliniques Pathologique et Interculturelle, Université Toulouse 2 Jean Jaurès.

Adresse : 5, allées Antonio Machado 31058 Toulouse Cedex 9. Mail : anne.pzt@hotmail.fr

Travail dirigé par Sylvie BOURDET-LOUBERE, MCF-HDR Laboratoire LCPI, Université Toulouse Jean Jaurès, Psychologue clinicienne Hôpital Paule de Viguier, CHU Purpan. Adresse: UFR de Psychologie – Département Psychologie Clinique du Sujet, Université Toulouse 2 Jean Jaurès, 5 Allées Antonio Machado 31058 Toulouse Cedex 9.

Mail: bourdet@univ-tlse2.fr.

OUVRIR LE POSTER

Contexte. Pratiquée en France dans 47% des cas chez les primipares, l’épisiotomie, au-delà de toutes les autres techniques employées lors de l’accouchement, est sujette à de virulentes controverses, chez les professionnels de santé, chez les militantes féministes et plus récemment dans les médias. On recense une vaste littérature sur les implications psychiques du postpartum. Elles consistent pour une large majorité en une approche sur le versant quantitatif, appuyée sur une catégorisation nosographique et s’articulent autour du trépied description, classification, fréquence, soutenues par une approche pathologiste des conduites. Par ailleurs des études plus anciennes on mit en lumière les spécificités psychiques de l’accès à la maternité : transparence psychique, remaniements défensifs, trauma de l’accouchement. Pour autant la revue de la littérature scientifique nous amène à faire un constat de carence sur la situation spécifique des femmes ayant accouché avec épisiotomie. Cette étude se propose donc de s’intéresser à ce qui peut se jouer, singulièrement, chez la femme primipare dans le post partum, suite à une épisiotomie. A travers la question de l’image du corps, nous serons attentifs à l’actualisation de la conflictualité du sujet et aux remaniements psychiques engagés dans cette période. La question du trauma, puis de la douleur, nous permettront de penser la spécificité de l’inscription somato-psychique de l’événement accouchement. La réactivation de l’angoisse de castration et la mise à jour de la question de la passivité, nous permettrons de penser les avatars du féminin dans un second temps. Nous verrons comment l’entame faite dans le corps réel viendra catalyser la souffrance physique et psychique à travers ces différents axes de réflexion. Nous faisons ainsi l’hypothèse que chez les femmes ayant subi une épisiotomie, on observe dans le discours des spécificités psychiques qui témoignent d’un travail de remaniement psychique en lien avec l’image du corps féminin du fait de l’incision faite dans le corps réel.

Méthode. En fidélité à nos affinités conceptuelles, nous avons choisi une approche qualitative d’orientation psychanalytique, cohérente avec l’idée que nous nous faisons de l’humain dans le champ de la recherche en psychologie clinique : un sujet épistémique. Elle nous paraît la plus à même de saisir ce qui se joue à l’interface de la réalité empirique observable, l’épisiotomie et des spécificités du sujet qui y est confronté, la parturiente et sa réalité psychique. Au-delà du référentiel théorique, celui de la métapsychologie freudienne et post freudienne, dans ses aspects topiques, économiques et dynamiques, cette étude se déploie autour d’une façon de penser l’accouchement dans le champ de la clinique périnatale, dans une perspective somato-psychique. Nous nous appuyons sur l’étude de cas d’une femme, primipare, âgée d’une trentaine d’années, rencontrée neuf mois après l’accouchement pour lequel a été pratiquée une épisiotomie sous analgésie péridurale lors de la phase expulsive. L’analyse du cas s’appuie sur trois entretiens non directifs de 45 minutes et une épreuve projective, le Rorschach, dont la phase d’enquête classique a été doublée de la méthode associative de De Tychey. L’analyse du contenu ne fera pas l’économie de la prise en compte des effets de la rencontre. Il s’agira d’assumer l’intersubjectivité comme variable intervenante.

Résultats. Les résultats montrent que l’épisiotomie recouvre une dimension traumatique augmentée par la spécificité des dispositions psychiques du postpartum. Les représentations conscientes sont remaniées dans le sens d’une altération de l’enveloppe corporelle et d’une mise à mal de l’unité somato-psychique. L’incision dans le corps réel est doublée d’une inscription psychique dans le sens où l’effraction de l’enveloppe corporelle s’assortit d’une effraction de l’enveloppe psychique, à la manière d’un corps palimpseste. On observe des indicateurs qui témoignent de la réactivation de la problématique de la castration, à la limite d’une angoisse de castration réelle. Au-delà il ressort des entretiens que l’abord du féminin est ambivalent. Les représentations de l’organe génital sont grevées du fantasme d’un féminin châtré, d’un déni de la concavité, qui permet de faire l’hypothèse d’un narcissisme phallique mis à mal par le bouleversement homéostatique de l’accouchement. Ainsi ce sont toutes les assises de la genèse du féminin qui sont convoquées dans l’accès à la maternité, dans la régression et la réactualisation de problématiques archaïques, mais aussi dans l’épreuve du corps réel qui vient rappeler au Moi qu’il n’est pas maître dans sa demeure. La convergence des résultats soutient notre hypothèse et au delà permet de penser l’image du corps comme une instance de symbolisation.

Conclusion. Cette recherche exploratoire présente le double intérêt de ne pas s’enferrer dans des préconstruits théoriques et représentationnels et d’ouvrir de nouvelles pistes de réflexion, notamment en terme d’implications praxéologiques, et d’attentes des femmes dans le suivi du postpartum. Au-delà elle ouvre des pistes de réflexion sur la question du féminin dans le postpartum, eut égard notamment à la reprise de la sexualité, et permet d’envisager de nouveaux abords possibles de questions telles que la dyspareunie et le vaginisme secondaires, dans une perspective somato-psychique, et au-delà, psychosomatique.

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